L'orgasme pour guérir l'hystérie féminine?(iStock)

Dans son livre, Technologies de l'orgasme. Le vibromasseur, l'hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, Rachel P. Maines, une historienne américaine, retrace l'histoire du vibromasseur et de la sexualité des femmes depuis l'Antiquité.

« En écrivant ce livre, j'ai été surprise d'apprendre que l'orgasme féminin était cliniquement produit (dans une relation médecin-patiente) dès 450 avant J.-C., et que seulement deux historiens en ont parlé », souligne l'auteure, en entrevue à MSN.ca.

Son livre, publié en 1999, et qui vient d'être traduit de l'anglais au français, a connu un succès immédiat aux États-Unis et dans le reste du monde.

On sait aujourd'hui que près de trois femmes sur quatre ne parviennent pas à atteindre l'orgasme vaginal par pénétration. Mais depuis l'Antiquité et le Moyen-Âge, en passant par la Renaissance et les Temps modernes, l'orgasme féminin était quasi méconnu. Les femmes étaient alors aux prises avec une excitation et une insatisfaction sexuelle. Il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour voir apparaître les premiers écrits sur l'orgasme féminin.

L'hystérie féminine ou le manque d'orgasme

« Angoisse, insomnie, manque d'appétit, irritabilité, nervosité, fantasmes érotiques, sensation de lourdeur dans l'abdomen, lubrification vaginale», voilà des symptômes diagnostiqués depuis des siècles, chez de nombreuses femmes, qui alors étaient considérées comme hystériques.

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«L'hystérie féminine compte parmi les pathologies les plus fréquemment diagnostiquées au cours des siècles », rappelle l'auteure dans son livre. Mais à l'époque, ce mal-être des femmes était considéré comme une maladie qu'il fallait traiter. Une maladie provoquée par le manque de sexe, écrivait déjà Galien, vers 200 après J.-C. D'ailleurs, le mot hystérie signifie «qui relève de l'utérus» en grec.

«L'hystérie apparaît dans le corpus médical au IIe millénaire avant notre ère, en Égypte. C'est au Ve siècle avant J.-C. que sa définition clinique commence à prendre forme», écrit Rachel P. Maines.

Si certaines femmes, dites hystériques, avaient probablement des troubles mentaux ou physiques, la plupart étaient simplement sexuellement frustrées, explique l'historienne. Mais elles ne le savaient pas forcément.

Massages vaginaux

Pour calmer leurs symptômes, les hystériques étaient médicalement traitées. Les médecins pratiquaient des massages vaginaux, froidement, dans la salle de consultation. Un massage durait souvent une heure, soit le temps pour la femme d'atteindre l'orgasme. Comme un très grand nombre de femmes étaient diagnostiquées comme tel (certains médecins parlent de trois femmes sur quatre), il s'agissait d'un marché très lucratif. Mais les médecins trouvaient la tâche ardue, car il leur fallait de l'endurance pour tenir une heure. Ils demandaient souvent aux sages-femmes ou aux infirmières de prendre le relais.

Dès l'Antiquité, on retrouve des descriptions de ces massages «pour soigner l'hystérie ou la suffocation de la matrice». Galien les décrivait déjà comme des massages qui «déclenchent des contractions et une excrétion de fluide par le vagin ». Ce massage pelvien, qui aujourd'hui serait considéré comme un massage érotique, permettait à ces femmes d'entrer en «crise» et de mieux se porter ensuite.

Orgasmes cliniques

«Ce qui est troublant, c'est que les médecins de l'époque ne savaient pas forcément qu'ils provoquaient un orgasme, explique Rachel P. Maines. Car pour eux, et pour la société en générale, le plaisir sexuel se trouvait uniquement dans une relation sexuelle avec pénétration». D'autant plus qu'au XIXe siècle, une femme respectable ne pouvait avoir d'orgasme, rappelle l'auteure, car c'était mal vu.

«Rares sont les médecins qui recommandent le massage génital dans le cas d'hystérie, admettant que ce que l'on provoque est un orgasme», souligne Rachel P. Maines.

Pour faire jouir les femmes plus rapidement, les médecins projettaient un jet d'eau sur le vagin, ou encore ils plaçaient les femmes sur des fauteuils à bascules ou des balançoires pour provoquer un massage. On conseillait même aux célibataires, aux veuves et aux religieuses de pratiquer l'équitation comme moyen de prévention...

Avec l'apparition des vibromasseurs, à la fin du XIXe, les médecins ont pu pratiquer le massage vaginal plus rapidement. Le premier vibromasseur a été inventé vers 1880. Les vibromasseurs ont donc longtemps été utilisés à des fins médicales avant de devenir un jouet sexuel tel qu'on le connaît aujourd'hui. Ce n'est qu'en 1920 qu'on ne parlera plus du vibromasseur comme d'un outil médical.

La masturbation fera son apparition dans les traitements de l'hystérie seulement au début du XXe siècle. Et ce n'est qu'en 1952 que l'Association américaine de psychiatrie retirera l'hystérie de sa liste de maladies.

Technologies de l'orgasme. Le vibromasseur, l'hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes, Rachel P. Maines, 37,95 $, éditions Payot.